INÈS DIELEMAN, THE POWER OF FLOWERS

INES DIELEMAN

Renowned for her still-life photography, Inès Dieleman has just released Polaroids, published by 37.2, a new book in which she captures the living—plants, wilted or at the end of their cycle, yet strikingly vibrant. A conversation with an artist who cultivates a deeply sensitive gaze and who “loves sharing beautiful things.”

Photographe de nature morte réputée, Inès Dieleman vient de sortir Polaroids, aux éditions 37.2, un nouveau livre où elle immortalise le vivant : des végétaux, fanés ou en fin de vie, qui paraissent pourtant bien vivants voire animés d’une puissante sensualité. Rencontre avec celle qui cultive un regard sensible et qui “aime partager les belles choses”.

You have just released a new photography book entitled Polaroids. How did you approach this medium?

These are classic Polaroids, except that my tool is extremely rare: a dentist’s Polaroid camera from the 1960s. Optically, Polaroids usually offer fairly limited viewpoints—you can shoot portraits, but not macro photography. In the 1960s and 70s, some dentists used these cameras to take macro images of their patients’ teeth. My work consists of Polaroids in which I physically enter the flowers and plants. I explore their intimacy with this camera, which gives that analog texture and allows me to get incredibly close—three, eight, sometimes eleven centimeters. At the same time, I use one or several flashes, which gives me control over light and, ultimately, freedom.

Vous sortez un nouveau livre de photographie intitulé Polaroids. Comment avez-vous travaillé ce support ?

Ce sont des Polaroïds classiques, sauf que mon outil est rarissime puisque c’est un Polaroid de dentiste des années 1960. Le Polaroid, optiquement ce sont des points de vue moyens c’est-à-dire qu’on peut photographier en portrait mais pas en macrophotographie. Dans les années 1960-1970, certains dentistes s’en servaient pour faire de la macrophotographie des dents de leurs patient·e·s. Mes photos sont des Polaroïds dans lesquels je rentre dans les fleurs et dans les végétaux. Je fouille dans leur intimité avec ce Polaroïd qui donne cet aspect argentique et avec lequel je peux m’approcher à 3 centimètres, 8 ou 11 centimètres mais très proche. Et puis en même temps, il y a un flash ou plusieurs qui me permettent de gérer la lumière et donc ma liberté.

Polaroid often evokes nostalgia. Is that an important dimension in your work?

It’s primarily technical—it allows me to explore the sensuality of plants. The grain is beautiful, undeniably sensual, but I wouldn’t define my work through nostalgia. I am a nostalgic dreamer, of course, but I try to infuse sensuality with strength through this medium. I associate nostalgia more with someone like Sarah Moon. My work is also rooted in reverie, but I aim for a sense of power in the gaze I propose. In the book, I write, “a child delivered with flowers”—that goes beyond nostalgia, I think.

Le Polaroid évoque une certaine nostalgie. Est-ce une dimension importante dans votre travail ?

C’est surtout technique, ça me permet d’explorer la sensualité des végétaux. Le grain c’est vrai que c’est très beau, c’est très sensuel mais je ne dirais pas que c’est de la nostalgie. Je suis une grande rêveuse nostalgique évidemment mais j’essaie de donner un peu de puissance dans la sensualité avec ce médium qu’est le Polaroid. La nostalgie je la perçois plutôt chez Sarah Moon par exemple. Je suis aussi dans la rêverie mais j’essaie de gagner en puissance dans ce point de vue que je veux donner. Dans mon texte du livre, j’écris “une enfant livrée avec des fleurs”, c’est au-delà de la nostalgie je pense.

Most of the subjects are still lifes—flowers above all—yet they appear vividly alive, sometimes almost flesh-like. What is your relationship to living matter? And to the body?

It’s a very particular relationship. I’ve been a widow for sixteen years, and being widowed at a relatively young age is a specific experience. Reconnecting with physical life is complex. I seek it through my relationships with others, through friendship, and through plants.

La plupart des objets, sont des natures mortes, des fleurs principalement qui ont pourtant l’air bien vivantes, s’apparentent presque à de la chair parfois. Quel est votre rapport au vivant ? Et votre rapport au corps ?

C’est un peu particulier. Je suis veuve depuis 16 ans, et être veuve quand on n’est pas toute jeune, c’est un peu particulier. Redémarrer une vie charnelle, c’est compliqué. Je vais la chercher dans mon rapport à l’humain, à l’amitié, aux végétaux.

Both your first book, Pavot, and now Polaroids focus on flowers with a very organic quality. Do you observe nature in a particular way?

I’ve noticed that when a flower begins to disappear with time, it becomes even more beautiful—it truly reveals what it carries within. Flowers, plants, garlic cloves forgotten in the fridge that begin to sprout… All of this creates viewpoints; all of this means something. There’s nothing worse than a forgotten clove of garlic or an onion—until it starts to sprout. Then a sensual force emerges.

Oui, dans votre premier livre Pavot et maintenant Polaroids, ont tous deux pour objet les fleurs, avec un rendu très organique. Vous observez la nature d’une façon particulière ?

J’ai remarqué que dès que la fleur disparaît dans le temps, elle devient encore plus belle et offre vraiment ce qu’elle a dans le ventre. Fleurs, végétaux, les morceaux d’ail qui traînent dans le frigo et qui commencent à germer… Tout ça créer des points de vue et ça veut dire quelque chose. Y’a rien de pire qu’une gousse d’ail ou qu’un oignon oublié mais un quand ça germe, y’a une force sensuelle.

Is this a way of giving them a second life?

In Pavot, I worked exclusively with withered, sometimes completely dried poppies. I was addressing both degeneration and the beauty of aging. I don’t give them a second life so much as I give them meaning. Plants always reveal something when they disappear. Like people, they leave a trace. Roses chosen at the florist are identical, but once they begin to fall apart, they start to speak. It’s a form of degeneration that becomes sublime—at least through my photographer’s eye.

C’est une façon de leur donner une seconde vie ?

Dans mon premier livre, Pavot, ça n’était que des pavots fanés, voire secs. Là je parlais à la fois de la dégénérescence et de la beauté de ce qui vieillit. Je leur donne du sens plus qu’une seconde vie. Le végétal laisse toujours apparaître quelque chose quand il disparaît. Comme quelqu’un qui disparaît, il laisse toujours une trace. Les roses quand vous les choisissez chez le fleuriste, elles sont toutes identiques, alors que quand elles commencent à tomber, elles commencent à dire quelque chose. C’est une dégénérescence mais qui sublime, en tous cas dans mon œil de photographe.

So chance plays an important role in your process?

Absolutely. I’m surrounded by flowers that I let live, just as I leave and forget things in my refrigerator. I give a great deal of space to chance, but my eye remains in control. It’s as if my eye itself were taking the photograph.

Vous laissez donc faire un peu le hasard ?

Totalement. C’est vrai que je suis entourée de fleurs que je laisse vivre, tout comme ce que je laisse et oublie dans le réfrigérateur… Je laisse beaucoup de chance au hasard mais mon œil le contrôle. C’est comme si c’était mon œil qui photographiait.

Beyond plants, your work also animates objects. What role do they play in your daily life?

I love design. I’m surrounded by pieces I care deeply about—I feel the energy of objects. I move them, live with them. I live near the flea market, so I’m constantly inspired, and many of my friends are antique dealers. I buy design pieces, sell them, trade them—I love that circulation. A banal object found on Leboncoin, placed next to others, I give it a life. I’m very sensitive to harmony and energy; objects carry both good and bad energies. I make them move—my home is in constant flux. It’s important not to become buried.

Outre les végétaux, dans votre travail, vous donnez vie aux objets. Quelle place occupent-ils dans votre quotidien ?

J’adore le design, je suis entourée de pièces que j’aime, je ressens l’énergie des objets aussi, je les change de place, je les aime. J’habite à côté des Puces donc j’ai plein d’inspiration et beaucoup d’amis antiquaires. J’achète du design, je les vends, je les échange, j’adore ça. Un objet banal qu’on peut trouver sur Leboncoin, à côté des autres, je lui donne une vie. J’adore l’harmonie et la bonne énergie or dans les objets, y’a des bonnes et des mauvaises énergies. Je les fais bouger ces objets, ma maison est un peu mouvante. C’est agréable de ne pas s’enterrer.

The subtitle of the book is “looking differently.” What would you like viewers to feel when encountering your images, even without fully understanding them?

Another possible subtitle could be “a form of freedom,” in reference to my Polaroid camera. In my professional work, I have a studio and collaborate with luxury houses like Dior and Cartier, which are extremely demanding in photographic terms. There are strong technical constraints to overcome, while still being asked to express a personal point of view. When I work with Polaroids, I am alone with myself—it’s absolute freedom. These two books are, in many ways, reflections of that freedom.

Le sous-titre de votre livre est “regarder autrement”. Qu’est-ce que vous aimeriez que l’on ressente en regardant vos images, même sans les comprendre ?

L’autre sous-titre pourrait aussi être “une forme de liberté”, qui ferait référence à mon appareil Polaroid. Dans mon créneau professionnel, j’ai mon studio, je travaille pour des marques de luxe comme Dior, Cartier, qui sont extrêmement exigeantes en matière de photographie. Il y a une contrainte technique importante qu’il faut réussir à surmonter et en même temps on me demande mon point de vue. Alors quand je fais mes Polaroids, je suis seule avec moi-même et c’est une liberté absolue et ces deux livres sont un peu le reflet de ma liberté.

Is that freedom more difficult to claim as a woman photographer?

Being a woman in a male-dominated industry is a battle. Men don’t like giving up their place.

Diriez-vous que votre liberté est plus compliquée à acquérir quand on est une femme photographe ?

Être une femme dans ce milieu d’hommes, c’est une bataille. Parce que les mecs ça les embête de laisser leur place.

Now that you’ve established your own territory, how do you see what comes next? Another Polaroid book?

Unfortunately, the film is no longer produced. There’s very little left, and most of it is expired. To be completely honest, I contacted all the remaining photography stores in France and abroad and bought up the last Polaroid films available—and they’re all expired. I still have a large box in my refrigerator with around a hundred shots left. Perhaps I’ll be able to make one final book with them. What I know for sure is that I’ll end up like Molière—because photography carries me and fills me with happiness.

Maintenant que vous vous êtes fait votre place, comment voyez-vous la suite ? Un nouveau livre avec votre Polaroid ?

Malheureusement les pellicules ne se fabriquent plus, il n’y en n’a plus beaucoup ou alors elles sont périmées. Pour ne rien vous cacher, j’ai appelé toutes les dernières boutiques de photographie en France et à l’étranger, j’ai raflé tous les derniers Polaroids et ils sont tous périmés. Il me reste une grosse boîte au réfrigérateur avec une centaine de photos, peut-être que je pourrai faire un dernier livre avec. Ce qui est sûr, c’est que je finirai comme Molière, parce que la photographie ça me transporte et me remplit de bonheur.

 Polaroids 

Launch and book signing: 
Thursday 12th February, 2026 
7pm – 9pm 
7, rue de Lille, 75007 Paris 

 

Release date: February 2026
 
Photography: Inès Dieleman
 
Texts: Vanessa Guidici, Inès Dieleman 

Publisher: Éditions 37.2 

Book price: 45€ 

 

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