DJANGO
MUSIC
SHOT BY NICOLAS RECEVEUR, INTERVIEW BY ELENA CESCON
DJANGO, RAPPEUR PARISIEN AU STYLE PROTÉIFORME, SE DISTINGUE PAR SES AUDACIEUSES EXPÉRIMENTATIONS MÊLANT RAP OLD-SCHOOL, ÉMO, DRILL ET INFLUENCES CLOUD, ROCK ET SHOEGAZE. RAPPEUR ARTISAN, IL FAÇONNE CHAQUE CHANSON COMME UNE OEUVRE UNIQUE.
C’EST UNE QUÊTE MUSICALE QUE L’ON DÉCOUVRE, GUIDÉE PAR UNE PLUME AU CÔTÉ NÉVRALGIQUE, QUI LAISSE ENTREVOIR (ET ENTRE-VIVRE) UNE INTROSPECTION CONSTANTE ET UNE HYPERSENSIBILITÉ SOMBRE, OÙ L’ÉQUILIBRE SE CHERCHE SANS JAMAIS SE FIGER. UN UNIVERS DE NUANCES ET DE LUMIÈRE, D’ÉCLATS BRUTS ET DE MOMENTS D’ÉCLIPSE, OÙ DJANGO CHOISIT PARFOIS DE SE RETIRER DE LA SCÈNE.

FULL LOOK EMPORIO ARMANI, BOUCLE D’OREILLE BUDAHOOD, MONTRE DJANGO, CHAUSSURES ADIEU PARIS
ON EST ICI AUJOURD’HUI POUR PARLER, ENTRE AUTRES, DE TON DERNIER ALBUM PARIS 31 AOÛT, QUE TU PORTERAS EN TOURNÉE À PARTIR DE NOVEMBRE. PREMIÈRE QUESTION, SIMPLE MAIS INCONTOURNABLE : D’OÙ VIENT CE TITRE ? SE DIRE QUE C’EST JUSTE TA DATE D’ANNIVERSAIRE SERAIT TROP SIMPLE, J’IMAGINE ?
Non, c’est pas ma date d’anniversaire. C’est une référence à un film que j’aime beaucoup. Ça s’appelle Oslo, 31 août et ça raconte l’histoire d’une journée d’un mec à Oslo qui sort de… comment tu appelles ça ? D’un centre de désintox. Et qui essaye de reprendre contact avec le monde qu’il a laissé avant d’être interné. Et qui a beaucoup de mal avec la vie, le monde extérieur, les vieux amis,etc.
Et du coup, moi, je n’habite pas à Oslo, mais je l’ai remanié à ma sauce. Je trouvais que c’était assez juste comme émotion par rapport à ce que moi, je vivais parfois dans ma dépression et mes tourments personnels. C’est un film dur, mais il est très, très beau, très touchant, très triste… mais à la fois, c’est dans ces moments-là que je trouve beaucoup de poésie.
UN DOCUMENTAIRE EST SORTI SUR YOUTUBE, RETRAÇANT TOUT LE PROCESSUS DE CRÉATION DE L’ALBUM. DÈS LES PREMIÈRES MINUTES, TU ÉVOQUES UN PROJET NÉ DE LA PÉNOMBRE. EST-CE QU’EN LE FAISANT SORTIR, UNE BRÈCHE S’EST OUVERTE DANS CETTE OBSCURITÉ, LAISSANT FILTRER UNE NOUVELLE LUMIÈRE ?
Je dois dire que pendant la création, c’était très dur. Parce que, on le voit un peu dans le documentaire, je passe par des phases un petit peu sombres dans ma tête.
Mais à la sortie, il y a quand même un soulagement d’avoir été au bout de cette démarche et d’avoir vidé mon sac, entre guillemets. Et puis l’accueil qu’il a eu aussi derrière, de voir qu’il y a beaucoup de gens qui ont été très touchés et qui se sont sentis peut-être un peu moins seuls dans ce qu’ils traversent de leur côté. Ça, c’est un cadeau.
Et derrière, d’avoir pu déjà faire quelques scènes en jouant ces morceaux-là, c’était beaucoup. Je dirais que maintenant, il y a quand même un peu plus de lumière. Ça va un peu mieux depuis que l’album est sorti, il y a quelque chose qui s’est ouvert quelque part, je pense.

TOP RIER, JEAN SYSTEM , CHAUSSURES HERMÈS
CE QUI EST MARQUANT DANS TON PARCOURS, C’EST QUE CHACUN DE TES RETOURS SUR LA SCÈNE EST ESPACÉ, RÉFLÉCHI, AVEC UN STYLE TOUJOURS RENOUVELÉ. TU AS UN RYTHME D’ARTISAN : TU PRODUIS PEU, MAIS CHAQUE LIGNE SEMBLE SOIGNEUSEMENT TRAVAILLÉE ET PESÉE. EST-CE, POUR TOI, UNE MANIÈRE DE REFUSER LA “FAST MUSIC”, UN TERME QUE J’EMPRUNTE À LA FAST FASHION POUR DÉSIGNER CETTE TENDANCE À CRÉER DES MORCEAUX PENSÉS POUR NE DURER QU’UN ÉTÉ ?
Écoute, je pense que moi, j’ai pas trop le choix que de produire comme je le fais, dans le sens où j’aurais du mal, de toute façon, à rentrer dans cette fast création.
Parce que ça me prend beaucoup de ressources personnelles de créer un morceau. J’ai jamais réussi à être une machine à cet endroit-là. Je pense qu’il y a d’autres artistes qui arrivent à faire ça, mais c’est pas mon cas.
J’aime beaucoup aller au fond des choses et prendre mon temps. Je peux pas enchaîner les morceaux comme ça. Et je les réfléchis pas non plus pour une saison, mon idée est de faire un morceau qui puisse vivre de lui-même dans le temps.
LE DOCUMENTAIRE SUR 31 AOÛT NOUS OFFRE UN ACCÈS PRIVILÉGIÉ AUX COULISSES DE TON PROCESSUS DE CRÉATION. ON Y COMPREND QUE TU ES PARTI D’UNE PROD DÉJÀ PRÊTE, POUR ENSUITE, PEU À PEU, Y POSER TES LYRICS. EST-CE TA MANIÈRE HABITUELLE DE COMPOSER OU UN CAS EXCEPTIONNEL ?
Oui, j’ai toujours fait comme ça, parce que je crois que j’ai besoin du support de la musique pour trouver ce que j’ai envie de raconter, comment j’ai envie de raconter. Je pense que je pars toujours de la musique, d’abord, donc des prods. Même si dans Paris 31 août, j’ai participé, entre guillemets, à la création des prods, dans le sens où j’étais là pendant qu’elles étaient construites, donc je donnais des idées de mélodies ou d’un piano ou un autre.
Mais à la fin, je sais pas encore ce que je vais dire ou comment je vais chanter avant que ce soit complètement fini. J’ai besoin que la prod me donne une émotion, et j’essaye de l’attraper, de la cristalliser.
Je pars toujours de ça, si tu veux. Ça m’est arrivé, mais très, très rarement, d’écrire des lyrics et au final dire : « Non, en fait, je voudrais plutôt modifier et plier la prod sur mon texte. » La plupart du temps, quand j’écris, soit je suis content et je garde, soit je suis pas content et on recommence, mais de zéro. Tout le monde part sur autre chose. Et j’oublie la prod, j’oublie tout.

FULL LOOK ISABEL MARANT, BAGUES CHROME HEARTS
DEPUIS TES DÉBUTS, TES LYRICS SONT MARQUÉS PAR UNE ÉCRITURE À COEUR OUVERT. ON A L’IMPRESSION D’ÉCOUTER TON JOURNAL INTIME. EST-CE QUE LA MUSIQUE TE PERMET DE DIRE DES CHOSES QUE TU NE POURRAIS PAS EXPRIMER AUTREMENT ? OU AU CONTRAIRE, TU ARRIVES À PARLER AUSSI LIBREMENT, DANS LA VIE QUOTIDIENNE, AUTOUR D’UN CAFÉ ?
Je me considère aussi libre de parole dans ce que j’écris, je le suis aussi en vrai. J’ai jamais été très pudique sur mes problèmes ou mon intimité. Je pense que j’ai toujours eu besoin de parler, donc mes amis ou mes connaissances peuvent très vite avoir accès à ce que j’ai au fond de moi. J’ai besoin de le dire. Même si on me pose pas la question, je parle beaucoup. Si je gardais tout pour moi, j’allais brûler à l’intérieur.
Après, il y a quand même certaines choses que j’ai jamais dites et qui viennent dans la musique. Mais majoritairement, je suis quelqu’un qui dit les choses à haute voix. Peut-être parfois comme un appel à l’aide, à certains moments, et d’autres fois juste pour que les gens sachent que ça existe, que ce soit pas juste dans ma tête.
J’observe, d’ailleurs, que j’ai de très bons amis et que je les ai ennuyés à des moments, à me répéter, à broyer du noir, mais même s’ils traversent pas les mêmes choses que moi, il sont là pour écouter et entendre… Et je pense que je suis quelqu’un capable d’écouter aussi. Naturellement, c’est une des choses qui m’intéressent le plus, dans la vie : la communication, l’échange. Je parle beaucoup, mais je suis capable d’écouter les autres.
UN DES FILS ROUGES DE TON ÉCRITURE, C’EST L’ENFANCE. DANS LE SON “LA HAINE PREND DEUX CHAISES” PRÉSENT EN 31 AOÛT, TU DIS : « JE FAIS LE DUR, MAIS C’EST UN GOSSE QUE JE REGARDE DANS LA GLACE ». EN QUOI TON ENFANCE A FAÇONNÉ TON RAPPORT À LA MUSIQUE, ET EN QUOI CE “GOSSE” EST ENCORE PRÉSENT EN TOI AUJOURD’HUI ?
Oui, c’est sûr que j’ai un rapport à celui que j’étais petit, qui est fort, parce que je le vois ressurgir sur pas mal de choses.
Je pense qu’on a tous un peu quelque chose comme ça, où il y a des moments dans notre enfance où on est resté un peu bloqué sur des peurs, des insécurités, et que malgré tous les efforts qu’on fait pour être solide au quotidien, parfois on est confronté à ce petit enfant qui est toujours là, et qui a toujours peur, et qui a besoin parfois d’être rassuré. Mais ce n’est pas toujours évident. Je sais que c’est surtout lié à ça, à la peur.
La peur et la solitude, je pense. La peur et la solitude, dans le sens où, comme s’il y a certaines peurs que j’ai affrontées seul quand j’étais petit, et que j’ai toujours du mal à les affronter aujourd’hui, donc c’est le même petit qui a toujours peur de la même chose. Et moi, j’essaie de lui prendre la main et de lui dire que ça va aller, mais ce n’est pas facile tous les jours.
De l’autre côté, les sentiments positifs liés à cet enfant, je les connais moins, mais j’apprends à être présent à ses petits plaisirs, même si celui-là, je le connais moins.

VESTE ET PANTALON BRIONI
À L’INVERSE, EST-CE QU’IL Y A DES MOMENTS OÙ TU SENS QUE TU AS CHANGÉ ? QUAND TU RÉÉCOUTES CERTAINS ANCIENS MORCEAUX, EST-CE QUE TU TE RECONNAIS TOUJOURS DANS CE QUE TU DISAIS, OU IL T’ARRIVE DE NE PLUS ÊTRE EN ACCORD AVEC CERTAINES PAROLES, CERTAINES INTENTIONS ?
Je ne le dirais pas de la même manière aujourd’hui, mais la majorité de ce que j’ai dit, je suis quand même assez en paix avec ça. Je comprends qui j’étais à ce moment-là, pourquoi je l’ai dit. Mais il y a certaines phrases qui n’étaient pas nécessaires, c’est sûr.
Il y avait beaucoup de colère, de rage. Aujourd’hui, c’est un peu calmé chez moi et ce n’est plus placé au même endroit. Je vois et je sens le changement. Quand je réécoute certains morceaux, je me dis qu’il y a eu du chemin. Ça, c’est assez positif, pour le coup.
Un truc positif !
LES DEUX DERNIERS MORCEAUX QUE TU AS SORTIS, BULLETPROOF EN MAI ET PARIS TEXAS EN JUIN, SONT DES SINGLES QUI NE SONT RATTACHÉS À AUCUN ALBUM. EST-CE QUE CELA T’AIDE À EXPÉRIMENTER DE MANIÈRE PLUS LIBRE TA MUSIQUE ? OU AU CONTRAIRE, AVOIR LE PROJET D’UN ALBUM AIDE À CANALISER LES IDÉES ?
Je dirais que c’est deux manières de travailler qui sont complètement différentes pour moi. Mais j’aime beaucoup les deux.
Quand je travaille sur un album, j’ai envie d’avoir vraiment un fil rouge, une identité précise. C’est un peu comme si tu écrivais un film.
Dans cette période où je sors des singles un peu plus libres, sans trop de contraintes de « est-ce qu’il faut que ça se ressemble ? » ou que ce soit différent. Ça aussi, c’est une liberté. Je pense que ça me fait du bien de pouvoir sortir quelques morceaux où je mets toute mon énergie sur le morceau sans penser à avant ou après.
Et quand je repartirai sur le prochain album, je pourrai mettre toute mon énergie dans la création d’une oeuvre continue, avec son message propre. C’est une nouvelle page pour moi, de commencer un album. J’ai envie de partir de zéro et de tout travailler from scratch.

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UNE TOURNÉE, C’EST AUSSI UN TRAVAIL D’ENDURANCE, MENTALE ET PHYSIQUE. COMMENT TE PRÉPARES-TU À CE MARATHON ? TA PREMIÈRE DATE EST PRÉVUE LE 19 NOVEMBRE 2025 À VILLEURBANNE, PUIS TU PASSES PAR BRUXELLES, PARIS, BORDEAUX… TU ES EXCITÉ ? TU AS UNE VILLE PRÉFÉRÉE EN TOURNÉE ?
Je vais commencer par ce qui concerne la préparation. Alors, je n’ai pas énormément fait de concerts dans ma carrière parce que j’en avais peur, je pense, de ce contact-là et donc j’ai commencé tard dans ma carrière. Je n’ai pas autant d’expérience que quelqu’un qui aurait commencé avant. Mais oui, il y a quand même pas mal de préparation.
Mental, car cela demande d’être au contact des gens, de se retrouver devant toutes ces personnes. Il y a un peu de visualisation, de se projeter sur scène.
Et puis, tu l’as dit, il y a aussi du physique. Je me suis amené au sport parce que ça va être un mois intense et il va falloir que je puisse m’assurer. Ensuite, je vous recommande de moins fumer, mais alors ça, je n’y arrive pas encore. Je suppose qu’il y a des exercices de respiration, de relaxation ou même de cardio. J’avoue que je pratique peu ça. Je fais mon sport tranquille.
Pour les villes, je n’ai pas fait beaucoup de villes, je ne peux pas dire si j’en ai une que je préfère. Après, c’est un peu cliché, mais Paris, c’est ma ville. Il y a une attache particulière. Ça ne m’empêche pas non plus d’avoir hyper kiffé à Genève ou à Liège. Les gens là-bas sont vraiment top.
TU SERAS DONC SUR LES ROUTES DU 19 NOVEMBRE AU 20 DÉCEMBRE AVEC 31 AOÛT. ET ENSUITE ?SACHANT QUE CERTAINS DISENT QUE LES RAPPEURS CROIENT TOUJOURS AU PÈRE NOËL, QU’EST-CE QUE TU AIMERAIS DEMANDER AU PÈRE NOËL POUR 2026 ?
Alors, je crois que juste après la tournée, je vais peut-être dormir une semaine pour reprendre mes forces. Et après, pour la nouvelle année, ce que je demanderai au Père Noël, je pense que… Je demanderai de l’inspiration, de la vitalité.
J’ai aussi un projet de faire un nouvel album pour l’année qui arrive. Ce n’est pas encore complètement posé, mais c’est ce que j’aimerais faire. En vrai, je continue à faire de la musique et à composer, et j’ai commencé déjà à penser à construire une histoire, un album, c’est juste que ce n’est pas encore complètement lancé. Mais oui, c’est l’objectif.
Sinon, au Père Noël je ne demanderai pas un bateau car je suis phobique des voyages en mer, et pas un jet privé non plus, j’ai aussi la phobie de l’avion. Mais un vélo, c’est bien. Un vélo, c’est très bien. Un vélo électrique. La couleur peu importe, simple, noir.

FULL LOOK ISABEL MARANT, BAGUES CHROME HEARTS
DJANGO
EN TOURNÉE DU 19.11.25 AU 20.12.25
PHOTOGRAHER : NICOLAS RECEVEUR @nicolas_receveur
ART DIRECTION : LUCIE KLOTZ @luutz.ktz / minsk studio @minskstudio
STYLIST : ROXANE NOEL @roxane_noel
STYLIST ASSISTANT : CHARLOTTE PARMENTIER @charlyprmnt
CAPTURE : JOSEPH GOBIN @joseph.gobin
INTERVIEW : ELENA CESCON @elena.etcetera
PRODUCTION : TULSAA @tulsaa_studio
SHOT AT : PLAZMA STUDIO @plazma_studio_paris
SPECIAL THANKS : JIM SCHACHMES, HERVÉ COSMAO, FAHD EL JAOUDI
